
"La vie est une cacahuète!" Disait Mok Mok le petit singe du zoo. En jonglant avec des bananes ou faisant des pirouettes, pour faire rire les enfants.
Mais un jour, Alphonse, le toucan jamais content, lui dit ceci: " Pauvre Mok Mok! Tu es bien jeune et innocent! Aujourd'hui tout te semble merveilleux, mais bientôt tu voudras de grands espaces et la jungle viendra à te manquer. Regarde le tigre!"
Qu'était-ce donc que la jungle? Mok Mok n'en savait rien. Il appela le tigre, dont la cage n'était pas loin.
— Monsieur le tigre ?
Le tigre alla et vint plus vite, tapant de sa queue, l'air agacé.
— Monseigneur ?
Le tigre allait et venait.
— Votre Excellence ?
Le tigre retrouva son rythme premier.
— Votre Excellence Roi de la jungle ?
— Plaît-il ? Répondit le tigre.
— Chacun ici reconnaît votre intelligence et votre science. Aussi, aimerais-je vous poser une question, dit-il pompeux.
— Que veux-tu savoir ?
— Eh ! bien, Votre Excellence Roi des Rois, j’aimerais savoir comment voir la jungle…
— Ah ! Ah ! Ah !
Le tigre fut pris d’un rire glaçant. L’eau gela dans les aquariums et les animaux furent pris de frissons.
— Ah ! Ah ! Cela faisait longtemps que je n’avais tant ri ! Ah ! Ah ! Le bouffon !
Mok Mok était vexé : ne dit-on pas malin comme un singe ? Il montrerait à ce soit disant seigneur que Mok Mok était digne d'être un singe!
N'ayant pas reçu de réponse à sa question, Mok Mok la posa aux otaries. Les otaries ne connaissaient pas la jungle mais elles demandèrent aux phoques. Qui demandèrent aux girafes. Qui demandèrent aux crocodiles. Qui demandèrent aux serpents...
Quinze jours plus tard, alors que Mok Mok secouait tristement ses puces en se balançant au bout de sa queue, Wendy l'otarie lui cria:
— La jungle d’où tu viens est au-delà des trois mers, à des années de nage !
— Mais je ne nage pas ! Répondit Mok Mok. Ne peut-on s’y rendre en sautant d’arbre en arbre ?
— Hélas ! Si l’on ne nage pas, il reste à y aller en avion…
— Qu’est-ce donc que cela ?
— C’est un immense oiseau qui transporte les hommes.
— Un oiseau ! Voilà ce qu’il me faudrait ! Un aigle me conviendrait, je ne suis pas très gros…
— Sainte Nature ! Tu n’y songes pas, mon pauvre Mok Mok ! L’aigle est vorace et cruel : il te dévorerait !
Mok Mok remercia chaleureusement Wendy pour ses précieux conseils. Mais il ne savait toujours pas comment retourner dans la jungle...
Un jour de tristesse, un oiseau blanc sur sa cage vint se poser.
— Pardon, l’ami ! Je cherche la cage de Mok Mok le singe…
— C’est ici. Répondit le petit singe.
— Mok Mok ?
— Lui-même.
— Eh bien ! On m’avait parlé de toi comme d’un animal amusant, tu ne m’as pas l’air en grande forme !
L’oiseau était grand avec de vastes ailes. Mok Mok se prit à rêver qu’il s’envolait sur son dos.
— Ecoute, si tu viens demain quand passe le gardien, je te montrerai ce dont je suis capable !
— Voyons cela ! Il faut prendre rendez-vous ! Tâche de me surprendre car je serai là à l’heure !
Mok Mok avait décidé qu’il lui fallait tenter le tout pour le tout… Ou devenir ronchon comme un toucan !
D’ordinaire, lorsque le gardien venait porter sa nourriture à Mok Mok, il l’attendait à la porte avec des yeux gourmands. Ce matin-là, le petit singe était étendu au milieu de sa cage, à même le sol. Surpris, le gardien entra à l’intérieur et se pencha sur lui. D’un bond, Mok Mok fut à la porte, les clefs du zoo suspendues à sa longue queue. Il referma derrière lui, tandis que l’homme hébété regardait l’animal sans comprendre.
— Ah ! Ah ! Mok Mok est malin comme un singe ! Applaudit l’oie perchée sur un banc.
Mok Mok salua son public et grimpa sur la cage du tigre, qu’il libéra. Ensuite, il fit une révérence et demanda à l’oiseau tombé du ciel :
— Pourriez-vous, je vous prie me faire bénéficier d'un tour sur vos ailes ?
L’oie, qui avait bien ri, fut de bonne compagnie : elle le laissa monter sur son dos et ils s’envolèrent.
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