
Il y a les animaux qui courent sur la terre comme nous: le chat et la souris, l'écureuil et l'éléphant. Il y a ceux qui rampent en dessous, comme la taupe et le ver de terre. Il y a ceux qui nagent dans les mers, comme le poisson et la tortue. Il y a ceux, enfin, qui nous émerveillent parce qu'ils vont dans le ciel: les oiseaux mais aussi les petites bêtes, comme les moustiques ou les guêpes.
Samuel les aimait tous
Un matin de mai, le chant des oiseaux l'éveilla. Samuel ouvrit les fenêtres pour mieux écouter cette musique si douce à ses oreilles.
Dehors, c'était comme si le soleil jouait de la flûte, comme si le vent soulevait une poussière d'or. Les mésanges, les moineaux se mêlaient en choeur pour appeler de leurs voeux l'été. Alors Samuel fit le souhait de s'envoler avec eux...
Ce jour même, tandis qu'il se promenait au parc, ses yeux s'arrêtèrent sur une très vieille femme. Elle n'était pas seulement vieille: elle avait des griffes de lion, des dents de requin, des yeux de chouette, un derrière d'hippopotame. Car c'était une sorcière. L'horrible femme avait capturé le plus beau papillon du parc et le retenait prisonnier dans un gigantesque filet. Samuel se glissa derrière elle sans qu'elle s'en aperçoive et libéra le papillon.
-Misérable! Tu me revaudras ça! Lança la sorcière courroucée.
Samuel ne l'entendit pas car il s'était déjà éloigné, courant derrière le papillon aux ailes multicolores. Soudain, une grande lumière l'enveloppa. En son centre apparut la plus belle dame que Samuel ait jamais vue. Elle avait de longs cheveux d'or, lui tombant jusqu'aux pieds, et portait une merveilleuse robe en tissu d'étoiles.
- Bonjour Samuel! Je suis la fée Papillon. Pour te récompenser de m'avoir libérée, je t'offre un peu de poudre de mes ailes: une pincée te suffira pour voler à ta guise... Mais attention! Prends garde de ne voler que la nuit, sinon tu courrais de grands périls!
Trois nuits de suite, Samuel s'envola. Une pincée de poudre, et il prenait son envol. Le petit garçon naviguait parmi les étoiles, la lune venait converser avec lui et la voûte céleste le berçait à chaque coup d'aile. C'était le plus beau rêve que Samuel ait jamais fait, étant éveillé.
Le matin du quatrième jour, Samuel ouvrit ses fenêtres: dehors c'était comme si le soleil jouait de la flûte, comme si le vent soulevait une poussière d'or. Les mésanges, les moineaux se mêlaient en choeur pour appeler de leurs voeux l'été. Alors, Samuel s'envola. C'était encore plus merveilleux que la nuit! Samuel pouvait voir son école, si minuscule vue du ciel, sa maison, avec son jardinet autour. Les oiseaux étaient des compagnons qu'il saluait en passant...
Soudain, un ricanement. Derrière lui, une silhouette noirâtre se rapproche à grande allure. Une très vieille femme, avec des griffes de lion, des dents de requin, des yeux de chouette, le derrière d'un hippopotame. La sorcière. Elle a vu Samuel, a enfourché son balai, et s'est lancé à sa poursuite. Elle se rapproche, fend l'air à une vitesse vertigineuse, vite, toujours plus vite. Samuel agite les bras tant qu'il peut mais elle se rapproche, elle se rapproche.

Elle n'est plus qu'à une longueur de balai quand Samuel crie d'une voix forte:
"Oiseaux du ciel, oiseaux mes amis
J'ai toujours été bon pour vous:
l'hiver je vous donne des miettes
l'été je vous donne à boire
Volez, volez autour de la sorcière qu'elle ne m'attrape pas!"
Les oiseaux entourent la sorcière, forment comme un foulard autour de ses yeux et Samuel peut s'échapper. Pourtant très vite, la sorcière comprend ce qu'il se passe.D'un coup de baguette magique, elle se débarrasse des oiseaux et repart à la poursuite de Samuel. A nouveau elle se rapproche, se rapproche. Elle va l'attraper quand Samuel crie de toutes ses forces:
"Insectes, insectes mes amis
j'ai toujours été bon pour vous
Je construis des châteaux de sable pour les fourmis
Je plante des fleurs pour que les abeilles se régalent
Piquez, piquez la sorcière, qu'elle ne m'attrape pas!"
Alors toutes les fourmis ailées, toutes les abeilles, tous les moustiques, toutes les guêpes se sont jetés sur la sorcière. Ainsi Samuel put-il s'échapper et rentrer chez lui.
Maintenant la sorcière a un nez tout rouge depuis que les moustiques et les guêpes l'ont piqué, et on dirait un clown rigolo. Quant à Samuel, il vole toujours, bien sûr. Mais il prend garde de ne voler que la nuit, quand papa et maman sont endormis. Et que la sorcière dort aussi.